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mendiant

mon enfance est peuplée de petites gens disséminés dans les rues



ceux qui tentaient d'offrir un service comme les enfants qui proposaient de porter les paniers à la sortie des marchés ou ceux qui, leur boîte à cirage en bandoulière, voulaient faire reluire vos chaussures, ou les vieillards, installés dans un angle de trottoir ou sur une marche d'un de ces escaliers de rue, si nombreux, vendaient des bananes à la pièce ou encore des cacahouètes grillées enveloppées dans un cornet de journal



et puis les mendiants, les vrais, ceux qui, en haillons, les yeux mi-clos, tendaient leur main osseuse et sale pour vendre au passant, un peu de rédemption et une place au paradis



quotidiennement, je passai devant plusieurs d'entre eux, deux surtout, l'un que je détestais et l'autre que j'adorais. Celui que j'aimais était un vieillard extrêmement maigre à la longue barbe blanche et dont les cheveux étaient pris sous un turban; tout recroquevillé, il fondait ses os dans le paysage, tendant la main par habitude mais ne demandait rien, son oeil visait un point dans l'infini et traversait tout ce qu'il regardait. Je comprends maintenant qu'il était comme un saddhu, toujours rêveur et méditatif, un demi-sourire errant sur ses lèvres



l'autre avait un visage brun surmonté d'une tignasse crêpue, tout le visage crispé dans la hargne et dans la haine, il m'effrayait, cul-de-jatte circulant d'un bout à l'autre du trottoir, ses jambes de caouchouc rouge repliées dans un charriot de bois à roulettes à moins qu'elles ne soient étalées à même le sol



mais chaque jour et à chacun, je donnais une piécette comme on me l'avait appris car refuser de donner un peu à celui qui était réduit à cet état, tenait dans ma famille, presque du tabou

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