• fourmi rouge une oeuvre en papier de Manuel Sirgo dont voici le site



     http://design.origami.free.fr/Sirgo/gallery.htm



     


    Les insectes tenaient une grande place dans ma vie de petite fille car, même en ville, ceux-ci étaient très présents. Comme beaucoup d'enfants, je n'en avais pas peur, tout au contraire je jouais avec.


    Il y avait d'abord les fourmis qui, parfois, formaient des colonies gigantesques dans la maison elle-même et ceci bien que ma mère lavait toute la maison à grande eau javellisée tous les matins.


    Pour cette raison, elles respectaient une trève de quelques heures, voire, attendaient le milieu de l'après-midi avant de se manifester timidement.Tandis que ma mère renouvelait ses lessivages de sol et de meubles dans la cuisine, trois fois par jour afin de les éloigner.


    Comme Donald Duck dans un dessin animé bien connu, il suffisait que je dispose quelques miettes au beau milieu de ma chambre et que je me recule de deux mètres jusqu'à mon lit, et après un petit temps de patience, une file de fourmis sortaient d'un petit trou ou d'un autre entre deux plinthes ou depuis le balcon ou encore d'un angle de la cheminée.


    Il arrivait que j'obtienne, pour ma plus grande joie, une file incroyablement longue et abondante que je pouvais mener à ma guise à travers une course aux obstacles.


    Plus rarement, j'obtenais la visite de petites fourmis rouges comme des rubis, dont je me méfiais car ma mère disait qu'elles piquaient, et que je me contentai d'admirer.


    A celles-ci s'ajoutaient des fourmis ailées plus grosses et charnues qui arrivaient généralement le soir par la cheminée et que je trouvais dérangeantes comme tout ce qui volait, moins cependant que les cafards ailés qui me semblaient particulièrement énormes et bruissants et dont je craignais qu'ils ne se prennent dans mes cheveux.


    Ces insectes m'apparaissaient  mystérieux, témoins de temps anciens où nous n'existions pas encore.L'été, il était facile de trouver des scorpions transparents chargés de leurs minuscules portées en soulevant les pots de fleurs exposés à la chaleur solaire.  


    Parfois, j'aidais ma mère dans la chasse aux charançons, minuscules parasites qui venaient s'enfermer dans le pot à farine ou parmi les pâtes et les biscuits. Je dois dire là que cela me dégoûtait quelque peu et que j'aurais préféré tout verser à la poubelle mais les ménagères ne procédait ainsi qu'en cas d'infestation intense, ce qui grâce à une attention quotidienne, n'était généralement pas le cas.



    Mais ce fut sans doute, la pluie de criquets pélerin qui frappa le plus mon imagination. D'abord parce qu'ils tombaient du ciel et en grande quantité, ensuite qu'ils étaient énormes, de 7 à 10cm de long et même davantage et que du fait de leur taille, on ne pouvait pas les regarder de la même façon qu'un insecte ordinaire, ensuite, ce qui me surprit le plus, fut l'usage qu'en faisaient les garçons algériens. Les ramassant en nombre dans le ruisseau, sur les trottoirs et les chaussées, ils les attachaient parfois avec une ficelle comme ils l'eurent fait d'animaux domestiques et les utilisaient dans divers jeux, courses etc mais surtout faisaient griller la plupart pour les manger. Naquirent ainsi pour deux-trois jours, des braséros de fortune construits par des gosses, à tous les coins de rue. Bref pour une fois, la pluie de sauterelles fut une fête.




    http://locust.cirad.fr/


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  • Après avoir retrouvé Archiloque (http://fr.wikipedia.org/wiki/Archiloque_de_Paros) bien à sa place dans un bouquin citant sa poésie, ne dit-on pas qu'il fut l'inventeur du rythme iambique, alternant temps brefs et longs, prêtant aux vers une dimension musicale qui fit de lui un grand poète lyrique, je le retrouvai hier en visitant le site de La sente de la chèvre qui bâille http://www.sente-de-la-chevre-qui-baille.net/


    coïncidence, quand tu nous tiens...


    Ce fut Tonton Dédé qui me parla d'Archiloque (VIIe siècle av JC ?); il fut d'ailleurs le seul à le faire ! Il aimait ses vers disait-il et regrettait que son oeuvre ait disparu en grande partie, et qu'il n'en restât que des bribes. Mais plus encore l'histoire de ce Grec de bonne famille devenu mercenaire, l'attirait et il appréciait aussi l'humour des remarques et des aphorismes qu'on lui prêtait et aussi sa soif d'exister et de jouir des bonnes choses de la vie.


    Cet engouement l'avait amené à utiliser le nom d'Archiloque comme métaphore pour désigner un type un peu casse-cou, d'une audace tempérée par la prudence et la circonspection. D'un homme partagé entre idéal de courage et souci de se préserver, d'un rêveur pragmatique,  il disait: "C'est un archiloque !"

    Et particulièrement si celui-ci se révélait un peu paillard et libertin.


    Tonton Dédé n'était pas mon oncle mais pour ce que j'en sais, le quatrième compagnon de ma grand-mère. Ma mère l'appelait Dédé et mon père qui portait le même prénom André mais avait toujours refusé le diminutif, le nommait par son nom de famille et celui-ci en faisait autant.


    Comme son premier homme et ses deux maris successifs, ce nouvel amoureux disposait d'une certaine fortune mais cette fois bien qu'elle fut toute petite, l'homme n'exerçait pas de profession et se disait rentier comme son père et son grand-père avant lui. Il était breton, avait beaucoup voyagé (comme tous les Bretons, remarquait-il) et il avait gardé de la "faculté" où il avait passé quelques années, le goût d'étudier.



    C'était un petit homme affable, à peine plus grand que ma grand-mère, à peine plus âgé, un peu plus de cinquante ans, très souriant, au visage rond, rose et lisse,  qui le faisait présager plus épais qu'il ne l'était car en fait, pratiquant régulièrement sports divers et gymnastique, il était mince et très en forme. Présent, dès mes 8 ans, il m"accorda le bonheur d'avoir trouvé un grand-père.


    Jamais nous n'eûmes autant de relations familiales que pendant les deux ans où il vécut avec grand-mère. Nous dînions régulièrement chez eux et vice versa. Mon père le considéra rapidement comme un ami, et ils discutaient ensemble de longues heures sur toutes sortes de thèmes.


    Son décès provoqua à plus d'un titre un drame familial. Et tout d'abord par les circonstances dont il fut entouré.


    En effet, ce fut un couple de paysans qui s'en allaient à vélo tôt le matin par une route surplombant les falaises donnant sur la mer, qui virent de loin deux hommes en burnous pousser un autre homme en tenue européenne et le précipiter sur les rochers tout en bas. Ils avertirent la gendarmerie qui se rendit immédiatement sur les lieux et trouvèrent Tonton Dédé, le crâne fracassé, le corps à demi-immergé dans la petite crique poissonneuse où il allait tous les matins pêcher dès l'aube.

    Il y eut enquête. Et l'histoire des burnous blancs asticota l'imagination des gendarmes qui trouvaient bizarre que les assassins se fussent ainsi vêtus.

    Beaucoup de gens furent ainsi interrogés et soupçonnés les uns après les autres par différentes factions, les gendarmes mais aussi les militaires et d'autres gens en civil, et le bruit courut que Tonton Dédé  n'était pas un simple rentier mais un espion à la solde d'un groupe armé ou encore de l'Etat

    Parallèlement les gens accusèrent ma grand-mère qui avait déjà deux maris disparus, de tuer tous ses bons amis et toute la famille asticotée par des rumeurs malveillantes et contradictoires l'incuta à retourner en Belgique. Ce qu'elle fit avec grand soulagement.

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  • Voilà qu'en parcourant ce bouquin de Littérature érotique que je critiquai l'autre jour sur mon blog Béziers, pure calomnie, certes, car cette anthologie fort érudite est passionnante comme toutes les œuvres des frères Pauvert même si elle doit se lire à petits coups pour être appréciée à sa juste valeur... donc, parcourant le monument, je tombai sur Archiloque de Paros et m'arrêtai à ce nom car s'y superposait l'image d'un délicieux hamster doré

    Comment avais-je pu l'oublier ? cette bébête adorable qui fut mon premier hamster.


    Je devais avoir 14/15 ans et regrettai moultement que mes parents ne veuillent plus de bêtes chez eux. J'avais donc résolu d'acheter un tout petit animal rien que pour moi, un « pas cher » et pas encombrant que je pourrais installer dans ma chambre sans ennuyer le monde. Une fois l'argent des baby-sitting accumulé, sans rien en dire, je m'en allais  sur les quais acquérir un petit rongeur, mon choix n'étant pas encore fixé entre hamster, cobaye, souris blanche etc.

    Je bavais bien entendu d'admiration devant de minuscules choses aux oreilles de Mickey et à la queue de marsipulami qui bondissaient très fort de place en place, s'agrippant aux barreaux de leur cage. Mais leur prix était trop fort pour ma bourse et restreignant mes choix, j'optai pour un hamster, les cochons d'inde me paraissant un peu trop flegmatiques. J'allai de boutique en boutique sans parvenir à me décider quand je flashai sur l'un d'eux qui se démarquait de son groupe par sa vivacité. Petit, mince, d'un joli roux, il allait d'un lieu à l'autre, emmagasinant un tas de bouts de chiffon dans un angle près d'une maisonnette, s'arrêtant de temps en temps pour jeter un œil aux badauds, semblait-il. Je l'achetai tout aussitôt bien que le vendeur me le déconseillât. Je ne l'avais pas remarqué mais il lui manquait le bout de la patte antérieure gauche, une bagarre d'après le boutiquier qui avoua que pour cette raison il l'avait gardé et qu'il n'était pas aussi jeune que les autres. Je ne voulus rien entendre d'autant mieux convaincue qu'il était celui qu'il me fallait et je le ramenai à la maison avec quelques accessoires, cage, manège, biberon et un carton de graines. En écoutant son histoire, sans réfléchir, je l'avais immédiatement nommé Archiloque car comme disait Tonton Dédé, « il était comme un Archiloque » c'est-à-dire un vrai et faux héros.


    Ce hamster fut incroyable. Il paraissait comprendre ce que je lui disais, restait blotti sur moi quand je l'emmenai en promenade, apprit même à apprécier la verdure des parcs et des squares malgré la contrainte du harnais que je lui avais fabriqué et dont je l'affublais pour ne pas le perdre dans la nature. Dans ma chambre, je le libérai dès que je rentrai à la maison, et il me semblait que contrairement à ce que  prétendait ma mère, il ne déféquait que dans un espace précis, un angle près du balcon. Bien entendu, mes parents le prirent en amitié et derrière mon dos, l'installaient sur une table avec quelque friandise pour le regarder grignoter,. Seule, ma sœur, vexée de ne pas avoir son hamster à elle, lui bouda pendant plusieurs semaines.

    Si tout finit par s'arranger, Archiloque bénéficia finalement de tant de liberté qu'il y trouva la mort.

    En effet, mes parents le laissant désormais se balader librement dans la maison, il advint que mon père l'écrasa en fermant la porte du salon, un peu fort, oubliant que le hamster pouvait traîner par là. Il en fut bouleversé, l'accident ayant fait remonter à la surface tous ces animaux, chiens et chats que nous avions successivement pleurés. Bouleversé aussi d'être responsable de la brièveté de son séjour chez nous (3 mois à peine !). Je déposai dans une boîte de chaussures d'enfant, le petit corps cassé qui avait à peine saigné, l'enveloppai dans une masse de coton blanc et je l'enterrai dans un bois proche, avec recueillement.

    Plusieurs hamsters et cobayes lui succédèrent mais jamais d'individu si intéressant et aucun d'eux n'eut droit à tant d'indépendance et d'affection. Ni même à un enterrement.

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  • se souvenir et écrire les éléments, les tableaux, dont on se rappelle, particulièrement lorsque ceux-ci sont violents, est toujours délicat, tant on craint y mêler involontairement de l'imaginaire; en témoignent ces "souvenirs" d'abus sexuels et d'inceste révélés lors de psychothérapies dont on constate aujourd'hui qu'ils n'ont parfois existé que dans l'esprit du patient et que l'on soupçonne avoir été induits par les questions orientées du psychanalyste

    si je parle de l'Algérie, c'est que le flou qui entoure cette période de ma vie, toute mon enfance, en fait, m'intrigue

    j'en suis à ne pas repérer clairement les dates et l'ordre chronologique de certains faits

    ainsi, jusque récemment, j'avais tendance à me dire que j'étais rentrée en 61 donc à 11 ans, ce qui est faux, et je ne m'en suis aperçue qu'en écrivant sur ce blog, nous sommes rentrés avec mes parents en août 62, ma soeur née le 1er août 61 avait un an, c'est là un repère parfait, et pourtant...


    je ne sais pourquoi, je me voulais plus jeune, peut-être plus innocente, naturellement ignorante

     un jour où mon père ne s'était pas rendu au travail, mes parents s'étaient habillés avec soin et ma mère m'avait choisi une robe particulièrement fraiche et gaie, je crois qu'elle était blanche sans en être sûre; il m'est impossible de dire si ma soeur était déjà née ou pas et si, dans ce cas, elle était avec nous car il était impensable alors que l'on ne l'eût pas emmenée

    nous étions partis pour un genre de grande manifestation paisible et lorsque nous sommes sortis, des files de gens arrivaient de partout, comme nous endimanchés et nous nous sommes contentés de suivre tranquillement la foule dans l'avenue

    je me souviens de cette joie intérieure qui vous habite dans ces moments où l'on se sent en union avec tous, ces mpments de grand rassemblement que j'avais déjà connu lors d'épisodes semblables ou encore à la chorale lors de la messe chantée ou bien sur scène, quand je dansais avec mon groupe de fillettes

    ce jour-là, l'émotion de la foule était dense et forte, comme exaltée par une foi en l'homme et en sa bonté, en un espoir intense que tout allait s'arranger comme par magie malgré les tragédies quotidiennes

    à plusieurs moments nous avons dû ralentir pour attendre que les barrages se défassent et nous laissent passer, ce qui a eu pour effet de resserrer la foule et quand au bout de l'avenue nous nous sommes arrêtés, un silence s'est fait, quasi religieux, mon coeur battait très fort  je me sentais étrangement heureuse et j'ai voulu échanger une complicité ancienne avec ma mère, comme lors des secousses telluriques subies lors du tremblement de terre d'Agadir, où toutes deux avions cru un instant, que la mort était proche, cependant elle regardait dans une autre direction, en l'air, et je vis des soldats, mitraillette au poing, qui étaient postés ça et là, en hauteur, mais ceci ne m'étonna pas car ils faisaient partie depuis longtemps de mon paysage

    je crois que c'est alors que je baissais la tête pour prendre conscience de tous ces corps serrés autour de moi, que la mitraille commença, cela crépitait plus fort que les cris qui fusaient de partout et dont le son me parvenait, curieusement rauque et étouffé coupé par instants d'une note plus perçante qui semblait se dévider de l'intérieur de ma colonne vertébrale   la bousculade était incroyable cependant qu'il me semblait qu'attachée à mon père et à ma mère, je volais vers l'extérieur, vers l'oxygène, la vie, l'arrêt du vacarme qui me creusait l'estomac et faisait éclater ma cage thoracique

    je ne vis que peu de chose, car en trop gros plan et trop rapidement, je ne me souviens que de taches mobiles, et du rouge qui m'était déjà apparu, une autre fois, sur les marches d'un escalier de marché, je ne me souviens pas même m'être heurtée aux autres, vaguement avoir remonté l'avenue en courant, toujours tenant mes parents par la main, et puis l'image suivante, nous trois adultes, assis, prostrés autour de la table de la salle à manger

    je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi, je ne me souviens pas d'avoir bu ni mangé ni parlé, ni des moments qui suivirent


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    je suis triste de voir sans cesse dénoncée la torture dont l'armée française s'est rendue coupable sur les Algériens et jamais celle qui a été subie par les Français d'Algérie



    et parmi les Algériens, combien furent massacrés par leurs frères ?



    beaucoup d'arabes parmi ceux que nous connaissions, se plaignaient des exactions qu'ils subissaient






    pourquoi ne pas dénoncer la torture tout simplement,






    quel que soit son auteur et les circonstances elle reste infâme






    sur wikipédia, à propos de la guerre d'Algérie, l'on cite 






     27 500 militaires tués et disparus. Pour les civils est de 2 788 tués et 875 disparus jusqu'au cessez-le-feu. Il faut y ajouter 2 273 disparus entre le 19 mars - date de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu - et  et le 31 décembre 1962, dont plus de la moitié sont officiellement décédés.






    ces chiffres semblent si faibles par rapport au vécu quotidien et quel triste euphémisme que ce mot de "disparu" !






    les dernieres années avant l'indépendance, nous ne connaissions pas une seule famille qui n'avait pas été touchée et qui n'avait pas perdu un ou plusieurs de ses membres






    quand nous sortions tôt le matin, pour chercher le pain du petit déjeuner, des affiches venaient d'être collées sur les murs, et exhibaient l'impensable et l'horreur de l'un ou l'autre camp, celles-ci étaient ensuite rapidement arrachées par les patrouilles armées ou s'il était encore tôt recouvertes par l'autre groupe d'une autre propagande où les tortionnaires et leurs martyrs intervertissaient leurs rôles






    bien sûr que la torture était pratiquée et cela a toujours été su, les gens ne faisaient qu'en parler, épouvantés






    tout le monde connaissait des gens qui y étaient passés, tout le monde se récitait toutes les atrocités et la liste des derniers charniers découverts, et les maisons où l'on trouvait les petits enfants que l'on avait démembré à coups de hache






    toutes ces nouvelles terrifiques qui circulaient, tous ces enlèvements et disparitions qui se succédaient, l'on ne savait plus si c'était de l'info ou de la rumeur ou les deux entremêlés sur fond de censure et de groupes armés dont on ne savait plus s'ils étaient amis ou ennemis






    au point que cela devenait mythique tant cela paraissait tenir du cauchemar






    dans la chaleur et la nuit étoilée qui suivait les journées ensoleillées, cela en devenait  invraisemblable et souvent, l'on ne pouvait plus y croire et l'on oubliait pour quelques heures, jusqu'au drame suivant


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