• Les fleurs coupées préférées de ma mère était l'oeillet et la tulipe, encore plus admiré si l'oeillet était blanc ourlé de rose, ou bien rose saumoné et la tulipe rouge vif. Les bougainvillés le long des promenades réchauffaient son coeur et aussi les hauts roseaux qui bordaient plages et champs et dont elle prélevait machinalement un morceau pour en faire une flûte et me jouer quelque air. En pays tempéré, le saule pleureur si romantique, avait ses faveurs.


    Mon père aimait voir des massifs de dalhias aux porches des maisons et regrettait que les fleurs d'hortensia, reines des fleurs selon lui, fleurissent les cimetières. Ses arbres étaient de haute futaie, chêne, hêtre, marronnier... et les arbres fruitiers, de tous temps, régalaient ses yeux restés gourmands. Il prenait plaisir à visiter les vergers et, en voyage s'arrêtait, au bord des champs de pommiers, près des orangeraies, des champs de noyers ou d'amandiers selon l'endroit.


    Ma soeur est d'humeur potagère et rien ne la détend davantage après les heures de bureau que soigner un petit carré de haricots verts ou de salades. Toutes les roses l'émerveillent, de la plus simple à la plus complexe et, en promenade, elle aime repérer jusqu'à la plus minuscule fleurette.





    Pour moi, deux plantes me sont intimes, le palmier dattier, mais celui qui est court et râblé et dont le tronc tout rugueux et pelucheux pousse en épaisseur plutôt qu'en hauteur et puis aussi une certaine variété d'aloe, l'une des plus répandues que nous appelions "poulpe" en raison de ses multiples feuilles épineuses recourbées comme des tentacules et dont les multiples rejets permettent une propagation rapide dans un lieu donné, envahissant les talus, comme une mauvaise herbe, certains plants prenant parfois des proportions monstrueuses. Cet arbre et cette plante grasse me sont liés par une magie interne, une expérience personnelle que je conterais peut-être si toutefois je parviens à en saisir suffisamment les modalités.





    Je note qu'une autre variété d'aloe, très proche de mon préféré, l'aloe vera possède de nombreuses propriétés médicinales et fut considérée, par les Egyptiens, comme la plante de l'immortalité .








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  • Alger possédait de nombreux Parcs et Jardins, tous magnifiques et ainsi mon enfance urbaine connut l'espèce végétale.




      Le Jardin d'Essai où nous nous rendions régulièrement, dit jardin d'acclimatation du Hamma (fièvre car il est a été créé sur un marécage) ou jardin des plantes : Il y avait là des nénuphars, des palétuviers, des ficus, des bambous et des dragonniers, un baobab et nombre espèces tropicales. J'ai la mémoire aussi d'un motif végétal circulaire dessinant la forme d'un cadran d'horloge, du découpage des allées les unes rectilignes coupées régulièrement de volées de marches, les autres en arc. Y était associé un zoo où l'animal le plus fascinant me paraissait être un vieux crocodile dans son bassin, aussi immobile qu'un rocher partiellement englouti et qui, deux ou trois fois, ouvrit sa gueule monstrueuse de saurien devant moi, pour mon plus grand bonheur et je me demandais quel était son âge et s'il savait qu'il était le héros de tant de contes africains. http://membres.lycos.fr/fellousamina/
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>En plein centre ville, c'était le square Bresson où toute petite, je montais à dos d'âne.
    A partir de 7/8 ans, je fréquentais aussi, un jardin empli de jeux pour enfants qui bordait un grand stade.  




     Ma mère m'y emmenait toujours très tôt, vers 13h 30 car l'après-midi du jeudi était alors divisé en deux parties, la première jusqu'à 16h, m'était consacrée et je jouais là tout mon soûl sur la cage à poules aux barreaux d'acier bleu que j'excellais à escalader , frimant, seule fille devant les quelques garçons regroupés là aux heures les plus chaudes, au toboggan ou sur les grandes échelles à moins, qu'exceptionnellement, le gardien ait ouvert le labyrinthe composé de haies de buis où j'aimais faire semblant de me perdre. Il y avait, non moins intéressante, la possibilité de jouer sur les hauts gradins de ciment à la tête du stade où parfois des sportifs s'exerçaient à courir et sauter avant les championnats et cela paraissait alors comme une immense scène de répétition avant l'acte.





    Puis nous allions chez une amie âgée à elle, grande et raide, au visage chevalin coiffé d'une masse de cheveux blancs relevés en chignon épais, toujours en robe au col tailleur, noire ou gris souris, très chic, et assises dans un boudoir aux murs tapissés de livres, plein de meubles et de bibelots minuscules et biscornus où miroitaient les couleurs des lampes art déco pour la plupart allumées car les volets étaient tenus fermés à toute heure et en toute saison, elles prenaient café ou thé selon leur caprice, accompagné de petits fours glacés fourrés de pâte d'amande. Au bout de quelques minutes, sirop de grenadine ou chocolat chaud en main, je n'écoutais guère leur conversation à bâtons rompus, je m'asseyais devant l'aquarium  rougeoyant sous un abat-jour en verre vitrail ou la cage à oiseaux toute ouvragée, m'adonnant à la contemplation des poissons aux nageoires et queues d'un or transparent ou des mésanges qui pépiaient, s'arrêtaient, tendaient le cou, tête de côté, comme pour écouter leur écho qui ne venait pas, puis répétaient leur chanson, légèrement différente,  et je glissais dans le rêve. Puis, vers 18h nous reprenions le chemin de la maison, remontant à pied vers notre quartier, jouxtant la basse casbah sur les hauteurs d'Alger.





    Ma mère aimait aussi à se promener au Parc de Galland ou au jardin de Montriant  pour les plantes dont ils étaient ornés et le parfum entêtant qui embaumait l'air et aussi le dessin magnifique de leurs allées. J'ai retenu pour l'un, la grande fontaine et la statue de son créateur, pour l'autre, des bancs et un kiosque ornés de mosaïque blanche et bleue.

    La gourmandise des jardins était le cornet de journal empli de cacahouètes grillées parfois toutes brûlantes, que l'on achetait à l'entrée au marchand ambulant.

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  • il y a des mots qui imprègnent l'enfance par la fréquence de leur usage qui peut intervenir pour désigner différentes choses. Ainsi, pour moi, le mot "vinaigrette" renforcé du fait que je ne l'utilise pratiquement plus depuis fort longtemps me renvoie systématiquement au passé.





    "Vinaigrette" c'est bien sûr la sauce dont on se sert pour arroser les salades. Mes propres enfants ont peu à peu supprimé son emploi en le remplaçant par le générique "sauce" qu'ils ont fini par imposer à la maison, puisque nous aussi, leur père et moi disons maintenant "sauce",  dont on renouvelle quotidiennement la fabrication , voire deux fois par jour, quand on ne s'amuse pas à en faire d'avance, car la salade qu'elle soit de laitue ou de crudités est présente à tous les repas. L'adjonction systématique de moutarde dans cette sauce est peut-être responsable de la perte du mot dont la racine est "vinaigre" parce que ce produit en était l'ingrédient caractéristique.





    La vinaigrette de mon enfance était composée d'une part de vinaigre où l'on devait dissoudre un peu de sel et de trois parts d'huile auxquelles on ajoutait poivre et herbes. On m'enseigna très tôt à la faire et chaque fois que j'étais présente, c'était moi qui la préparais et nulle autre personne, celle-ci n'étant utilisée que pour la salade verte, servie entre plat principal et fromage. Ma mère variait les autres sauces à crudités et les composait elle-même. Ces gestes répétés peut-être 1000 fois ou presque dès les premières années de l'enfance se sont bien sûr gravés dans ma mémoire, et, particulièrement la dissolution du sel dans le vinaigre.






    Mais là n'est pas l'essentiel.La "vinaigrette" désignait aussi une petite fleur sauvage, jaune en clochette, que je n'ai plus revue depuis mon départ d'Algérie. On la désignait ainsi parce que sa tige fine et creuse dégageait un liquide légèrement acide quand on la mâchouillait. J'aimais ses couleurs tendres, le vert clair de sa tige et le jaune vif et doux de sa corolle, sa simplicité, pas même de feuille ni d'épines. Juste une tige avec une fleur au bout, facile à cueillir, douce au toucher, moins fragile que le coquelicot, bonne à mettre à la bouche, l'air tranquille. Elle était ma fleur préférée.

    Enfin, l'un des jeux le plus pratiqué dans la cour de mon école de filles, était la corde à sauter à laquelle on consacrait des heures. Il y avait bien entendu des courants de mode qui traversait sa pratique et une façon de sauter par saison, mais l"une des constantes était de faire tourner la corde très rapidement et de sauter si vite qu'à peine l'on voyait les pieds toucher le sol qu'ils frôlaient seulement. Cette façon de faire était désignée par "faire vinaigre" ou plus couramment, "la vinaigrette". <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>













     


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    Peut-être parce que j'ai vu Pirate des Caraïbes, peut-être parce qu'une amie m'a dit qu'elle aimait le rhum, je m'en servirai un godet aujourd'hui pour boire à la santé des pirates en délire et des amis qui voudraient bien en être et aussi de ma mère qui,


     aimait boire un petit verre à liqueur de rhum une heure environ après déjeuner


    La dernière année, juste avant sa mort, je vivais dans la maison familiale et quand j'étais présente, vers 14h alors que mon père était reparti au travail, et ma soeur au collège, elle me remettait de la monnaie et j'allais chercher deux mars chez le buraliste du coin puis nous nous asseyions toutes deux à la table basse du salon et elle nous versait un petit verre de rhum que nous dégustions accompagné d'un café serré où nous trempions notre bâton de chocolat. A petites bouchées, à petites gorgées, cela durait le temps d'une conversation à mi-voix où nous parlions du mystère de l'existence.


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  •  A Lyon, je prenais souvent le thé chez une amie que j'appellerai Miette car elle était petite et toute menue, qui habitait les vieux quartiers de la Croix-Rousse, non loin du cinéma d'Art et d'essai, une ruelle étroite dont on ne savait si elle était vouée à être détruite ou restaurée . Son appartement vétuste mais spacieux qui lui avait été prêté par une vieille cousine de ses parents, pour toute la durée de ses études, était composé d'une très grande chambre, pièce à vivre, manger, étudier, dormir, lire, aimer et recevoir et une autre plus petite qui eût été une cuisine classique et commode à évier carré et longue paillasse si elle n'avait possédé cette curiosité que je n'ai vue que là, une magnifique et gigantesque baignoire sur pattes de lion et robinet en bronze, en plein centre de la pièce.


    Miette expliquait aux visiteurs que les ouvriers avaient été empêchés à l'époque de l'installer dans un angle comme il avait été prévu à cause d'une pénurie de tuyaux de cuivre, c'est ainsi que toute la tuyauterie d'arrivée comme celle de la vidange traversait le milieu de la cuisine au lieu de longer les murs. Bien sûr, on avait pensé alors à un arrangement temporaire mais par la suite aucun des propriétaires successifs n'avait fait les travaux nécessaires sinon changer de chauffe-eau quand l'ancien devenait obsolète et la baignoire était restée là au milieu de la cuisine, l'encombrant de telle façon qu'il était impossible d'y dresser une table et qu'il fallait la contourner aussi bien pour aller jusqu'à l'évier que rejoindre un placard ou le buffet.



    Pourtant mon amie préférait recevoir plutôt qu'être reçue. D'ailleurs, sauf pour se rendre à ses cours ou à une séance de ciné ou encore à un concert, elle sortait fort peu de chez elle, son attention entièrement captivée par une quête toute personnelle, l'établissement de protocoles particuliers.



    Son idée était qu'il n'y avait pour chaque personne qu'une seule manière d'agir dans sa vie,  une manière parfaite qui, si elle était atteinte permettait à celui qui s'y soumettrait, d'accéder au paradis sur terre.



    Parce qu'il fallait bien commencer par un bout, elle recherchait donc le geste juste pour chacun des menus faits quotidiens. Une fois trouvé, le geste juste pouvait être répété comme un rituel afin d'engendrer des actes justes plus complexes.


    Dans son appartement, certains itinéraires avaient été dressés, qu'elle suivait pas à pas, invitant le visiteur à rechercher son propre chemin de la porte au canapé. Chaque emplacement de chacune des pièces du mobilier jusqu'à ses plus humbles accessoires avait fait l'objet d'une réflexion, qui prenait en compte des facteurs variés et des principes mathématiques et physiques, disait-elle, car c'était une scientifique.



    Le thé était servi suivant tout un rituel qui n'avait rien à envier aux Japonais. Chacun des gestes étant codifié, depuis le dosage des ingrédients, les ustensiles utilisés, la manière de les manipuler, les couleurs, le temps mis, tout avait été calculé de manière si précise que je me trouvai là devant une mise en scène théâtrale, voire religieuse bien qu'à aucun moment un dieu quelconque ne fut nommé, à laquelle je participais comme spectatrice mais aussi comme actrice lorsque enfin, je devais boire mon thé et croquer mes biscuits. Alors, je voyais devant moi tout l'éventail des choix qui me permettraient d'avaler mon infusion, la manière de tenir ma tasse, une main, deux mains ? la tasse seule, ou la tasse et la soucoupe ? quels doigts utiliser ? quels points d'équilibre choisir de mon anse, du fond ou du flanc de ma tasse pour une meilleure sustentation...


    Je sortais de là comme quand j'étais gosse et que je sortais de la messe :


    Une fois, tourné l'angle de la ruelle, je me mettais à courir...






     


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