• Née à Alger, une branche de ma famille maternelle étant « pied noir », je ne me suis pas ainsi identifiée, pendant toute  mon enfance et adolescence, et, un peu décalée par rapport à la perception que les autres voulaient avoir de moi, je songe aux difficultés beaucoup plus concrètes des métis et des vrais déplacés et à tous les malentendus que ces situations socio familiales si fréquentes et appelées à se multiplier, peuvent engendrer.





    Les colons furent mes arrière-grands-parents de souche italienne nés sur un îlot rocheux au large de la Sicile où leurs ascendants avaient été déportés. Ils firent partie d'un groupe qui, dans les années 1870, embarqua pour les Etats-Unis au bord d'une frêle embarcation et dès Tunis, essaima plusieurs de ses passagers sur les côtes de l'Afrique du Nord. Si certains, dont des cousins, atteignirent l'Amérique après maintes péripéties, d'autres comme mes arrière-grands-parents débarquèrent, pas toujours de leur plein gré, en Tunisie puis en Algérie. En ce qui concerne ces derniers, ils n'avaient pas choisi ainsi, mais leur jeune âge (14 et 16 ans) et surtout le fait que la jeune fille était prête à accoucher, firent qu'on les laissa à Alger.





    Totalement démunis, ils s'éloignèrent de la capitale, s'installant à quelques kilomètres de là, près de la mer où ils construisirent une cabane, vivant d'abord de la pêche puis plantant autour d'eux, peu à peu, de la vigne et autres cultures.





    Une certaine année, le Gouvernement donna aux migrants pleine propriété du lopin de terre qu'ils avaient cultivé. Mes arrières grands-parents bénéficièrent de cette mesure. Puis vec l'argent gagné par la vente de leurs produits, ils acquirent d'autres terres.


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  • Les fleurs coupées préférées de ma mère était l'oeillet et la tulipe, encore plus admiré si l'oeillet était blanc ourlé de rose, ou bien rose saumoné et la tulipe rouge vif. Les bougainvillés le long des promenades réchauffaient son coeur et aussi les hauts roseaux qui bordaient plages et champs et dont elle prélevait machinalement un morceau pour en faire une flûte et me jouer quelque air. En pays tempéré, le saule pleureur si romantique, avait ses faveurs.


    Mon père aimait voir des massifs de dalhias aux porches des maisons et regrettait que les fleurs d'hortensia, reines des fleurs selon lui, fleurissent les cimetières. Ses arbres étaient de haute futaie, chêne, hêtre, marronnier... et les arbres fruitiers, de tous temps, régalaient ses yeux restés gourmands. Il prenait plaisir à visiter les vergers et, en voyage s'arrêtait, au bord des champs de pommiers, près des orangeraies, des champs de noyers ou d'amandiers selon l'endroit.


    Ma soeur est d'humeur potagère et rien ne la détend davantage après les heures de bureau que soigner un petit carré de haricots verts ou de salades. Toutes les roses l'émerveillent, de la plus simple à la plus complexe et, en promenade, elle aime repérer jusqu'à la plus minuscule fleurette.





    Pour moi, deux plantes me sont intimes, le palmier dattier, mais celui qui est court et râblé et dont le tronc tout rugueux et pelucheux pousse en épaisseur plutôt qu'en hauteur et puis aussi une certaine variété d'aloe, l'une des plus répandues que nous appelions "poulpe" en raison de ses multiples feuilles épineuses recourbées comme des tentacules et dont les multiples rejets permettent une propagation rapide dans un lieu donné, envahissant les talus, comme une mauvaise herbe, certains plants prenant parfois des proportions monstrueuses. Cet arbre et cette plante grasse me sont liés par une magie interne, une expérience personnelle que je conterais peut-être si toutefois je parviens à en saisir suffisamment les modalités.





    Je note qu'une autre variété d'aloe, très proche de mon préféré, l'aloe vera possède de nombreuses propriétés médicinales et fut considérée, par les Egyptiens, comme la plante de l'immortalité .








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  • Alger possédait de nombreux Parcs et Jardins, tous magnifiques et ainsi mon enfance urbaine connut l'espèce végétale.




      Le Jardin d'Essai où nous nous rendions régulièrement, dit jardin d'acclimatation du Hamma (fièvre car il est a été créé sur un marécage) ou jardin des plantes : Il y avait là des nénuphars, des palétuviers, des ficus, des bambous et des dragonniers, un baobab et nombre espèces tropicales. J'ai la mémoire aussi d'un motif végétal circulaire dessinant la forme d'un cadran d'horloge, du découpage des allées les unes rectilignes coupées régulièrement de volées de marches, les autres en arc. Y était associé un zoo où l'animal le plus fascinant me paraissait être un vieux crocodile dans son bassin, aussi immobile qu'un rocher partiellement englouti et qui, deux ou trois fois, ouvrit sa gueule monstrueuse de saurien devant moi, pour mon plus grand bonheur et je me demandais quel était son âge et s'il savait qu'il était le héros de tant de contes africains. http://membres.lycos.fr/fellousamina/
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>En plein centre ville, c'était le square Bresson où toute petite, je montais à dos d'âne.
    A partir de 7/8 ans, je fréquentais aussi, un jardin empli de jeux pour enfants qui bordait un grand stade.  




     Ma mère m'y emmenait toujours très tôt, vers 13h 30 car l'après-midi du jeudi était alors divisé en deux parties, la première jusqu'à 16h, m'était consacrée et je jouais là tout mon soûl sur la cage à poules aux barreaux d'acier bleu que j'excellais à escalader , frimant, seule fille devant les quelques garçons regroupés là aux heures les plus chaudes, au toboggan ou sur les grandes échelles à moins, qu'exceptionnellement, le gardien ait ouvert le labyrinthe composé de haies de buis où j'aimais faire semblant de me perdre. Il y avait, non moins intéressante, la possibilité de jouer sur les hauts gradins de ciment à la tête du stade où parfois des sportifs s'exerçaient à courir et sauter avant les championnats et cela paraissait alors comme une immense scène de répétition avant l'acte.





    Puis nous allions chez une amie âgée à elle, grande et raide, au visage chevalin coiffé d'une masse de cheveux blancs relevés en chignon épais, toujours en robe au col tailleur, noire ou gris souris, très chic, et assises dans un boudoir aux murs tapissés de livres, plein de meubles et de bibelots minuscules et biscornus où miroitaient les couleurs des lampes art déco pour la plupart allumées car les volets étaient tenus fermés à toute heure et en toute saison, elles prenaient café ou thé selon leur caprice, accompagné de petits fours glacés fourrés de pâte d'amande. Au bout de quelques minutes, sirop de grenadine ou chocolat chaud en main, je n'écoutais guère leur conversation à bâtons rompus, je m'asseyais devant l'aquarium  rougeoyant sous un abat-jour en verre vitrail ou la cage à oiseaux toute ouvragée, m'adonnant à la contemplation des poissons aux nageoires et queues d'un or transparent ou des mésanges qui pépiaient, s'arrêtaient, tendaient le cou, tête de côté, comme pour écouter leur écho qui ne venait pas, puis répétaient leur chanson, légèrement différente,  et je glissais dans le rêve. Puis, vers 18h nous reprenions le chemin de la maison, remontant à pied vers notre quartier, jouxtant la basse casbah sur les hauteurs d'Alger.





    Ma mère aimait aussi à se promener au Parc de Galland ou au jardin de Montriant  pour les plantes dont ils étaient ornés et le parfum entêtant qui embaumait l'air et aussi le dessin magnifique de leurs allées. J'ai retenu pour l'un, la grande fontaine et la statue de son créateur, pour l'autre, des bancs et un kiosque ornés de mosaïque blanche et bleue.

    La gourmandise des jardins était le cornet de journal empli de cacahouètes grillées parfois toutes brûlantes, que l'on achetait à l'entrée au marchand ambulant.

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  • il y a des mots qui imprègnent l'enfance par la fréquence de leur usage qui peut intervenir pour désigner différentes choses. Ainsi, pour moi, le mot "vinaigrette" renforcé du fait que je ne l'utilise pratiquement plus depuis fort longtemps me renvoie systématiquement au passé.





    "Vinaigrette" c'est bien sûr la sauce dont on se sert pour arroser les salades. Mes propres enfants ont peu à peu supprimé son emploi en le remplaçant par le générique "sauce" qu'ils ont fini par imposer à la maison, puisque nous aussi, leur père et moi disons maintenant "sauce",  dont on renouvelle quotidiennement la fabrication , voire deux fois par jour, quand on ne s'amuse pas à en faire d'avance, car la salade qu'elle soit de laitue ou de crudités est présente à tous les repas. L'adjonction systématique de moutarde dans cette sauce est peut-être responsable de la perte du mot dont la racine est "vinaigre" parce que ce produit en était l'ingrédient caractéristique.





    La vinaigrette de mon enfance était composée d'une part de vinaigre où l'on devait dissoudre un peu de sel et de trois parts d'huile auxquelles on ajoutait poivre et herbes. On m'enseigna très tôt à la faire et chaque fois que j'étais présente, c'était moi qui la préparais et nulle autre personne, celle-ci n'étant utilisée que pour la salade verte, servie entre plat principal et fromage. Ma mère variait les autres sauces à crudités et les composait elle-même. Ces gestes répétés peut-être 1000 fois ou presque dès les premières années de l'enfance se sont bien sûr gravés dans ma mémoire, et, particulièrement la dissolution du sel dans le vinaigre.






    Mais là n'est pas l'essentiel.La "vinaigrette" désignait aussi une petite fleur sauvage, jaune en clochette, que je n'ai plus revue depuis mon départ d'Algérie. On la désignait ainsi parce que sa tige fine et creuse dégageait un liquide légèrement acide quand on la mâchouillait. J'aimais ses couleurs tendres, le vert clair de sa tige et le jaune vif et doux de sa corolle, sa simplicité, pas même de feuille ni d'épines. Juste une tige avec une fleur au bout, facile à cueillir, douce au toucher, moins fragile que le coquelicot, bonne à mettre à la bouche, l'air tranquille. Elle était ma fleur préférée.

    Enfin, l'un des jeux le plus pratiqué dans la cour de mon école de filles, était la corde à sauter à laquelle on consacrait des heures. Il y avait bien entendu des courants de mode qui traversait sa pratique et une façon de sauter par saison, mais l"une des constantes était de faire tourner la corde très rapidement et de sauter si vite qu'à peine l'on voyait les pieds toucher le sol qu'ils frôlaient seulement. Cette façon de faire était désignée par "faire vinaigre" ou plus couramment, "la vinaigrette". <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>













     


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  •   Le web a servi ma cause en me permettant de renouer avec une amie surgie de l'adolescence passée. Elle me renvoie à la case Versailles.



    Les jardins de Versailles, les allées rectilignes, les perspectives qui se déplient au fur et à mesure que l'on s'avance, la nudité des statues sous la pluie.



    Combien d'heures passées là à errer jusqu'à n'en plus puis et à m'asseoir sur un banc humide à méditer les cours que je séchais, le pourquoi du comment au parce que indéfini dont on peut juste dire que je faisais ainsi car je ne parvenais pas à faire autrement



    Il y eut des rencontres et toutes étaient étranges puisqu'elles n'auraient pas eu lieu si j'avais suivi le droit chemin qui mène à l'école.



    Un jour que j'écrivais des vers, tout en marchant, un homme, la quarantaine, m'aborda, les lut, me dit qu'ils étaient beaux mais que je n'avais aucun mérite car la jeunesse était en elle-même poésie et qu'il me suffisait d'écouter ce murmure en moi et de le retranscrire



    Il ajouta que le vrai poète était l'homme ou la femme mature qui poursuivait son oeuvre, bien après que les élans de la puberté se soient enfuis et qui parvenait à maintenir ouvert le robinet de l'inspiration malgré tous les aléas et les servitudes du quotidien qui faisaient tout pour le refermer.



    Et c'est vrai que quand on le regardait, lui et son air buté et renfrogné et que l'on écoutait sa parole râpeuse à force de se dévider qui passait du timbre grave de la virilité à l'aigu de la frustration j'étais tentée de voir en lui davantage un plombier qu'un poète, ce qui n'était pas plus mal et tout au moins utile. 



    Il me récita alors ses vers qui, il faut le dire, étaient très bien ourlés. Puis, décidant qu'il avait là, trouvé une oreille complaisante, il tira de sa poche un épais carnet de cuir tout froissé, où s'empilaient d'innombrables pages fines noircies d'une écriture miniature qui ne voulait laisser aucun blanc nulle part et se pressait dans tous les sens et se mit à lire, lire sans fin, au point qu'à un moment, nous sortîmes du parc sans vraiment y prêter attention, nous restaurâmes à un bistro puis repartîmes par les jardins, sans qu'il y ait de vraie interruption au flot qui se déversait.



    Parmi les poèmes, il me lut aussi quelques articles littéraires et artistiques et expliqua qu'il était journaliste, pour reprendre tout aussitôt le fil de ses alexandrins, octosyllabes, quatrains, sonnets, chants et ballades.



    Et puis au détour d'une rime, je retrouvai brutalement une chanson de Nougaro, prenant conscience d'ailleurs, que beaucoup de ses vers lui ressemblaient. Je le lui dis. Au bord des larmes, il me remercia alors de l'avoir reconnu et dit qu'il était le nègre de Nougaro et il se mit à gémir de l'injustice qui lui était faite, à lui qui écrivait des paroles qui rendaient un ignorant célèbre, un ingrat qui voulait qu'il reste dans l'ombre.



    Et ses lamentations se poursuivirent jusqu'à ce qu'il me raccompagne à mon arrêt de car puisqu'il était l'heure où j'étais sensée avoir fini les cours.



    Je ne l'ai jamais rencontré de nouveau


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